Le Tour de France 2008 en à pieds, à vélo et surtout en kayak à pédales.

 

Sommaire :      Les Photos

Le résumé du voyage

Le journal détaillé :    Vers le Sud

Vers l’Ouest

Vers le Nord

Vers l’Est

 

Résumé du voyage      Sommaire

Du 17 mai au 19 septembre 2008, j’ai bourlingué en France.

Cette aventure consista en une grande randonnée à vélo et à pied et, surtout, en bateau (un kayak à pédales).

Les buts poursuivis :

·         Partir de la maison.

·         Finir à la maison.

·         Ne pas utiliser de voiture.

·         Subir a minima les nuisances des bagnoles.

·         Me faire plaisir.

·         Montrer que le voyage vraiment écologique est réellement accessible.

L’itinéraire pressenti :

·         Départ de la maison à Bourg Bruche (Alsace) 

·         Liaison Alsace-Saône 

·         Vallée de la Saône

·         Vallée du Rhône

·         Languedoc Roussillon

·         Liaison Méditerranée-Atlantique

·         Côte Ouest de la France

·         Retour à Bourg Bruche par les voies navigables du nord de la France.

L’itinéraire réel :

<Vélo> signifie que je tire le bateau derrière mon vélo pliant Dahon MuP8, roues de 20 pouces, couleur bleu nuit.

<Marche> signifie que je tire le bateau à pieds, avec un brancard accroché à ma musette qui fait office de harnais.

Quand je marche le long d’un cours d’eau dit « navigable » c’est, généralement, parce que ledit cours d’eau est barré par des écluses où les petites embarcations sans moteur ne sont pas les bienvenues.

·         Bourg Bruche - Seurre    : Vélo.

·         Seurre - Lyon                : Navigation (Saône) et Marche.

·         Lyon - Tarascon            : Navigation (Rhône).

·         Tarascon - Beaucaire     : Marche (10 km).

·         Beaucaire - Sète            : Navigation (canal du Rhône à Sète).

·         Sète - Marseillan           : Navigation (Bassin de Thau).

·         Marseillan - Toulouse    : ¼ Navigation (60 km) et ¾ Marche (180 km) (Canal du Midi).

·         Toulouse - Bordeaux     : Navigation (Garonne) essentiellement (sauf détour de Golfech).

·         Bordeaux - Royan          : Navigation essentiellement (Gironde).

·         Royan - Oléron  : Marche

·         Oléron - Binic                : Un peu de marche et de vélo. Navigation surtout.

·         Binic - Bourg Bruche      : Á vélo + remorque.

Le bilan :

·         Ce voyage a duré 4 mois et 2 jours.

·         Il ne fut pas totalement <sans moteur> : Richarde a, un peu, transporté du matériel avec sa 205.

·         Les VNF (Voies Navigables de France) refusent l’accès de ses écluses aux navigateurs solitaires sur embarcation sans moteur. Ce qui est paradoxal ^pour une administration dépendant du ministère de l’écologie.
Contrairement à ce qu’a réalisé sur le Rhône la CNR (Compagnie Nationale du Rhône), il n’y a pas, sur les voies gérées par VNF, de cales pour entrer et sortir de l’eau en amont et en aval des barrages.
Le message des VNF est donc parfaitement clair : nous sommes une administration rattachée au ministère du développement durable et vous êtes bienvenus sur nos eaux à condition de polluer et de faire du bruit.

·         Globalement, les eaux de France sont bien polluées.

·         Le matériel, mon bateau BFM et le Dahon MuP8 en particulier, s’est montré à la hauteur sur tout le parcours.

·         La météo fut celle d’une année à 13 lunes…

·         La Bretagne, côté mer surtout, est toujours aussi magique.
Ce fut ma région préférée.

·         J’ai rencontré partout des personnes d’une grande richesse intérieure et que je ne pourrai oublier.

·         Voyager, <by fair means> surtout, forme toujours les jeunes et forme toujours les vieux.

·         La voie de l’eau serait bien plus confortable avec un bateau permettant d’y dormir.

·         Il reste donc à créer le bateau à l’aise en mer et en eau douce, déplaçable sur terre sans voiture, et habitable.

 

Je dédie ce périple à celles et ceux qui aimeraient agir pour que cesse la destruction de l’environnement sans trop savoir comment s’y prendre.

Et je souhaite leur donner ma recette personnelle : abandonner ce qui pourrit la vie et quêter le bonheur sans nuire aux autres terriens. C’est tout simple et pas difficile, n’est-ce pas ?

 

Vers le sud (du 17 mai au 5 juin-matin)      Sommaire

17 mai

15h30, entre 2 averses, je quitte Richarde et la maison aux commandes de mon bel attelage, cap sur la Saône.

18 mai

Qui pousse dans les montées à 6% le matin, 5% à midi et 4% en fin de journée ?

Le PTR égale 180 kg.

Ça passe bien sur le plat mais dès que ça monte les cuisses montent aussi, en température !!

Pas de souci dans les descentes.

Je limite la vitesse à 50 km/h.

Au-delà, le guidonnage guette, roues de 20 pouces obligent.

Les freins m’impressionnent par leur efficacité et leur endurance dans les descentes.

Je partage certains tronçons de bitume avec le rallye des Vosges qui sévit ce week-end.

Vers midi, la Moselle a invité BFM à la rejoindre dans son lit.

Comme elle coule vers le nord et que je vais vers le sud, j’ai expliqué à BFM la nécessité de poursuivre la progression sur terre.

BFM, acronyme de « By Fair Means », est le nom de baptême de mon bateau le Hobie Mirage Kayak Adventure.

Un peu plus tard, nous franchissons la ligne de partage des eaux.

4 à 5 averses cette après-midi.

101 km aujourd’hui.

Je me refais à l’auberge du port de plaisance de Corre (dépt 70).

Dodo sous la tente à côté du resto.

Lu en cours de route : « c’est avec les choses les plus simples que l’on fait les plus belles ». 

20 mai

11h.

Je viens d’embarquer à Port Sur Saône.

Et déjà ma première écluse.

Fermeture des portes amont, bassinée, ouverture des portes aval, ça baigne dans l’huile !

Ou plutôt dans l’eau du canal.

Ouah !!!

En approche de l’écluse suivante, un panneau me rappelle que les embarcations sans moteur ne sont pas acceptées

Je tente le coup de l’éclusé clandestin, mais radio-canal fonctionne à merveille.

Et je suis attendu par un agent des VNF qui me signifie l’interdiction de franchir les écluses automatiques car je suis tout seul et non motorisé.

Etre en solo et sans moteur ne me pose pourtant absolument aucun souci.

J’ai proposé de signer une décharge de responsabilité mais aux VNF le règlement c’est le règlement, point barre !

Que je colle un moteur, appendice dévastateur pour l’environnement, sur mon bateau et je pourrais passer.

Idée : écrivez à notre ministre du développement durable pour demander les modifications des règlements des moyens employés sur le terrain afin que cessent de telles aberrations.

Compte tenu des ressources dont je dispose, je ne peux le faire moi-même pour l’instant.

Alors, je continue par voie de terre, BFM tracté par le Dahon, qui me porte sur son dos.

Sacrément brave l’engin.

Je vous le recommande chaleureusement pour de telles escapades qui demandent un petit vélo.

22 mai

Km 361, St Jean de Losne.

Etape au camping, calme, souriant, avec de vraiment chouettes doudouches que je vous recommande chaleureusement également.

Tout va bien ici.

Encore une journée de vélo et je devrais pouvoir embarquer.

26 mai

Vendredi dernier, j’ai envoyé mon vélo pliant à Richarde par La Poste.

A présent, je me déplace donc en bateau ou à pieds, selon les envies, les contraintes, la météo.

Super accueil au port fluvial de Chalon/Saône.

BFM va dormir attaché au ponton, moi sous la tente, non loin.

Ambiance cité + bagnoles + scooters !

Eric m’a offert prêt d’outillage, documentation, informations et tuyaux, accès à la douche et joyeuse gentillesse.

Merci Eric ! J’ai ainsi pu opérer quelques modifications, nécessaires sur le bateau.

Sur la rivière qui commence à ressembler à un fleuve, j’observe que les cygnes s’envolent à mon approche et ne bougent quand passe un navire à moteur, même de gros gabarit.

Des gens du pays, des paysans donc, me racontent l’histoire de la mutation de leur belle rivière, durement impactée par les barrages, les nitrates, les navires de commerce, de plaisance et, de plus en plus nombreux, ceux de croisière qui transportent des passagers.

Ces monstres d’acier, conçus pour le profit d’une minorité et pour le plaisir d’une autre minorité rayonnent de dysharmonie dans ces paysages.

Ils procèdent de la même approche que l’avion, low-cost en particulier, et sans doute cela mérite-t-il réflexion avant de choisir lieu et forme de vacances.

Les courlis protègent leurs nids, les orages succèdent aux averses qui tombent de ciels aux nuages magnifiquement ourlés ou bien lissés par le vent d’altitude, les moustiques se lâchent dans les sous-bois, les orchidées fleurissent, les foulques et les canards ont disparu, le milan enroule l’ascendance, les mâles carpes font des cabrioles au-dessus de l’eau (pour séduire les femelles ?).

Je prends le temps d’observer.

Le Rhône qui n’est plus qu’à 90 km ne sera probablement pas une partie de plaisir.

La pollution de l’eau, de l’air, le bruit des voies ferrées, la fureur des routes et autoroutes de la vallée, les centrales nucléaires, l’intense trafic de navires de commerce énormes, et de croisière, tout cela m’attend et je le sais.

Alors, je prends mon temps pour observer, rédiger mon journal et surtout attendre que le mistral se lève.

Il bleuira le ciel, balayera la grisaille et me soufflera dans le dos pour m’aider à franchir sans trop traîner les 300 km entre Lyon et la sortie du fleuve.

29 mai

Ces trois derniers jours furent marqués par la pluie.

A St-Symphorien Ancelles, l’accueil dans ce deuxième camping fut bien chaleureux et les doudouches magnifiques.

Le gérant savoyard s’est occupé de mon mât arrière qui nécessitait un perçage.

J’ai toujours grand plaisir à rencontrer ce genre de personne qui sait travailler avec la tête et les mains.

Avec son épouse, ils tiennent le camping durant cinq mois et partent à l’aventure les sept mois restant avec leur camping-car qui les héberge toute l’année.

A Dracé, BFM s’offre un bain dans une baignoire de 10.000m3 pour lui tout seul !

L’écluse mesure 190m (L) X 12(l) X 4(h).

Aux abords de Villefranche, je laisse le matos près de la rivière et vais à Lyon en train pour y faire des emplettes.

Il pleut et la fureur des bagnoles est partout dès que je pose le pied sur le bitume.

Vraiment un fléau cette bagnole !

30 mai

Vers midi, sur le ponton de Trévoux, je croise Louis, aqua-bourlingueur de 72 ans.

Son épouse et lui vivent sur un petit bateau suédois (il est au bateau de plaisance ce que la deuche est à la bagnole) qui consomme 1l de gasoil à l’heure.

Louis, Charentais, me donne des indications sur le secteur Gironde / Royan / Oléron.

Au moment où j’appareille, Dominique et Nicolas, qui ont fait un tour du monde, en voilier et en 15 ans, m’approchent.

Ils naviguent à présent sur les canaux avec « Elmajo » et se sont investis dans l’association des plaisanciers de France.

En fin de soirée, il pleut.

Encore et très beaucoup !

Johann construit un mini golf 18 trous à la Roche Taillée, 15 km au nord de Lyon.

Il me prête scie, perceuse et cabane en construction où je passe la nuit au sec près de la voie ferrée et des bagnoles …

Demain matin, Johann m’apportera des pains au chocolat puis, lui et ses potes feront passer BFM par dessus la clôture faisant obstacle à la rivière.

Demain, ce sera la dernière étape sur la Saône et la première sur le Rhône que j’appréhende un peu …

5 juin - matin

« BFM », le nom du kayak qui me transporte avec tout mon barda, m’a été inspiré par Sylvain Tesson, grand bourlingueur, grand grimpeur et grand écrivain pour lequel voyager « By Fair Means » est capital.

« By Fair Means » a d’autres adeptes.

Jean Gabriel Chelala qui pédale en ce moment sur son navire, traversant l’Atlantique.

Mathieu Monceaux, si jeune et qui a déjà tellement compris pourquoi l’humain se construit un avenir de souffrance.

Kim Hafez, Nomade du Grand Nord, qui avec des moyens simples et une humilité magnifique, relève des défis absolument dingues.

Et tous les autres que vous pourrez approcher via le magazine « Carnets d’Aventures ».

Je vous invite à vous rapprocher, via internet par exemple, de tous ces acteurs du voyage écologique dont notre civilisation a tant besoin.

Je vous invite à acheter leurs écrits pour les soutenir et les aider à garder la lampe allumée.

Vers 12 heures, après avoir traversé Avignon et être passé sous le pont éponyme, je quitte le Rhône au barrage de Villabrègues.

Les cinq jours passés au contact du fleuve resteront gravés dans ma mémoire.

En crue du début à la fin, brassé par de forts vents de face, traversiers ou arrière, de marmites en rapides, il fut ainsi un terrain d’entraînement à de futures difficultés à rencontrer.

Il contribua à souder l’équipe que BFM et moi formons depuis 3 semaines déjà.

En fait, ce Rhône me fut surprenant.

Dans la partie canalisée, quasiment pas de plaisanciers, peu de navires de commerce, encore moins de bateaux de croisière et un kayak de mer, celui de Vincent du CKLOM.

Nous avons papoté au milieu du fleuve, il m’a pris en photo, puis il réactiva sa pagaie et moi mes pédales.

Les mauvaises odeurs furent bien présentes de temps en temps.

Toutefois, hormis à proximité de Lyon, les industries se firent fort discrètes et les centrales nucléaires se donnèrent un air propret.

La CNR (Compagnie Nationale du Rhône) gère le fleuve.

Contrairement aux VNF, elle a équipé chaque barrage de rampes de sortie et de mise à l’eau, parfaitement signalées.

A cet égard, il est vraiment simple de randonner sur le Rhône avec une embarcation légère.

L’eau ne donne toutefois vraiment pas envie de la boire ou de s’y baigner.

Je n’ai pas vu de poissons sauter hors de l’eau, ce qui était très courant sur la Saône.

Sont-ce les métaux lourds qui les lestent ou le limon en suspension qui les empêche de voir la surface ?

J’ai trouvé le Rhône puissant, franc et loyal, indompté malgré tous les efforts et les moyens mis en œuvre pour tenter de le soumettre.

Les photos prises sur le Rhône à partir de pont St-Esprit se sont détruites dans l’eau salée de l’étang de Thau.

Dommage car, entre autres, BFM faisant un clin d’œil au Palais des Papes avant de passer sous le Pont Bénizet à la fraîche, valait sans doute son pesant de couleurs !

 

Vers l’Ouest (du 5 juin après midi au 28 juin)        Sommaire

5 juin – après midi

Après 10km de marche, je remets BFM à l’eau sur le canal du Rhône à Sète, à Beaucaire.

Après la première branche vers le sud, maintenant le cap est à l’ouest.

6 juin

Bivouac de rêve.

Pas de route à proxim ; pas de nauséabondance bagnolesque.

Les chevaux.

Les moustiques.

Les grenouilles.

Les grillons.

Les fourmis.

Les coléoptères.

Les oiseaux de nuit.

La couleuvre croisée sur le canal ce soir.

Les joncs, les iris, les herbes et toutes ces plantes que je ne connais pas.

La vie.

L’harmonie.

Sur la voie de l’eau …

8 juin

Vent fort.

Gros chahut sur l’étang de Thau.

Après 4 heures de danse dans les vagues, il y a 28 litres d’eau salée dans ma coque.

L’appareil photo est mort ainsi que les images fixées sur la carte SD.

Beurk !

10 juin

Oui, les photos prises après Pont-Saint-Esprit sont perdues.

Ce bateau a un vrai problème : encore 30 litres écopés après 7 heures de navigation sur le grand bief de 53km débutant à Béziers (Canal du Midi).

De belles photos pas prises faute de matériel : la tortue sur la racine de platane au ras de l’eau, la couleuvre brune avec des taches noires, toute luisante et bien à l’aise dans l’eau, la jeune corneille tombée du nid et qui se tire d’affaire toute seule, le faucon qui sème la pagaille dans les nids perchés dans les platanes centenaires, les iris jaunes et les lis oranges, les ragondins, les canes et leurs petits, les touristes qui me prennent en photo comme un animal de foire depuis leur bateau de location qui s’agite tant sur le tant recherché Canal du Midi.

11 juin

Argens-Minervois. Le grand bief est terminé.

A nouveau les écluses. Je sors BFM de son bain.

Mon ami Philippe me récupère pour passer deux jours dans la bergerie qu’il a transformée en maison, avec Colette, dans la Montagne Noire.

Depuis mon dernier passage ici, six poules ont investi les lieux ainsi qu’Oscar, l’ânon fruit des amours de Titille et Nougat.

Nous refaisons le monde en deux jours, nos débats traitant, en alternance, de la fatalité, du mur qui se rapproche si vite, des solutions simples et efficaces qui seraient si faciles à mettre en œuvre si on le voulait, de l’impérieuse nécessité, pour l’humain, de choisir de s’abreuver aux sources de l’harmonie, de la beauté et de la liberté fondamentale.

Avant tout cela, Alain, rencontré au bord du canal, voyageur en vélo et homme de spectacle, me fournit un lieu pour parquer BFM pendant mon absence et me présente Brigitte et Jean, eux aussi pleins de chaleur et de charisme.

Jean est soudeur et répare le brancard de BFM qui en a besoin, tout en m’apprenant trucs et astuces pour mieux souder.

Brigitte offre le jus de fruits et le gâteau au chocolat.

Joies du voyage, joies de l’instant.

Pensez à voyager les amis. Sans verre ou ferraille autour de vous. Sans cage qui vous enferme et limite vos possibles.

14 juin

Encore de chouettes rencontres aujourd’hui.

D’abord Martine et Bernard, la 70aine, qui promènent Marlau, le grand âne gris, de Grenoble à Toulouse.

Puis Rémi, de Nantes, sur son superbe vélo couché NAZCA. A 24 ans, il n’a pas le permis de conduire une bagnole et ne souhaite pas le passer.

Encore un jeune plein de lucidité et porteur d’espoir.

16 juin

Ce matin Jeanine m’a offert des gâteaux faits maison.

Et Michèle m’a invité à boire un café sur le bateau avec lequel elle voyage avec son compagnon et le frère de celui-ci.

Vive les femmes !

17 juin

« Ecluse de Fenouillet, plein ouest, un peu de travail pour la mise à l’eau, mais quel bonheur après ».

Ludo m’a envoyé ce sms aujourd’hui.

Avec Xavier, son pote, ils ont fait le tour de la France en kayak de mer l’année dernière.

Après 12 heures de marche (Ah ces écluses !) je suis arrivé à Fenouillet, ce soir, après avoir traversé Toulouse.

Cap au 270 donc.

Bivouac au complexe sportif.

Terrain plat et tondu. Royal.

BFM est excité comme un pou.

Depuis l’étang de Thau il a navigué 60km et je l’ai tracté sur plus de 180km le long du Canal du Midi.

Cette marche m’a démontré la possibilité de tracter une charge conséquente (80 à 85kg, selon les réservés de boisson et de nourriture) sur une distance significative.

La roulotte à traction humaine est donc tout à fait réaliste !

Mais, forcément, il commençait à troncher grave mon pote en coque, car lui, son trip, c’est du liquide.

Ce soir, il sent la Garonne toute proche.

J’espère qu’il ne va pas se tirer cette nuit, pendant mon sommeil, qui risque d’être franc et massif.

Il pleut.

Il pleut sur la Garonne et ses affluents.

Sera-t-elle grosse ?

18 juin

Effectivement, il y eut du boulot pour mettre à l’eau ce matin BFM et son chargement.

Au préalable, je me fabrique un piochon avec une branche de frêne et de la tige filetée.

Je compte sur cet outil pour réussir à accoster malgré la pente des berges et le courant du fleuve en crue.

En fait il va me sauver la mise lors de la mise à l’eau.

La pente est forte, je fais l’imbécile et le bateau se renverse en entrant dans l’eau.

Récupération, avec le piochon, de la caisse verte, puis de la bleue.

Pendant ce temps la glacière part dans le courant se remplit d’eau et se remplit d’eau.

Je glisse dans la boue, me rattrape in-extremis, m’installe dans le bateau, mets en place le Mirage Drive et le gouvernail, et pars à la poursuite de la glacière qui fait le coup de l’iceberg : 10 % au-dessus et le reste sous le niveau d’eau.

Empoignage de la glacière, éloignement de la berge à cause des branches basses qui pourraient tout compliquer.

Environ 200 mètres en aval le premier rapide gronde sourdement.

Le courant est vraiment fort, alors faut se grouiller sinon la catastrophe est garantie.

Hissage à bord de la glacière qui pèse comme un âne mort (merci les stabilos !).

Vidage approximatif.

Premier inventaire des dégâts, dont l’appareil photo tout neuf, que j’ai mis là (dans la glacière) pour l’abriter lors des passages des rapides.

Mise en place (de la glacière) à l’arrière du siège (merci les stabilos !).

Prise de vitesse maximale pour négocier le rapide qui bouillonne et dont je n’ai jamais été aussi près.

Danse dans les vagues.

Ecopage du cockpit.

Relaxation.

Ouf !

Le prochain rapide gronde déjà…

La Garonne est vraiment sauvage.

Pas de pêcheurs ou presque, encore moins d’embarcations, des berges difficilement <débarquables>.

Surtout quand elle bien grosse comme maintenant, avec de belles vagues dans les rapides, et de puissantes marmites.

BFM rayonne de bonheur et pour moi c’est bain de siège toute la journée.

19 juin

Je quitte la Garonne le temps de contourner par la terre le barrage de la centrale nucléaire de Golfech.

Ce soir, bivouac à l’écluse du pont-canal d’Agen.

Gérard, alias <Le Coyote>, rentre de son job à bord de son vélomobile <WAW>.

Marie-Hélène me prodigue son magnifique sourire et me raconte le Portugal de l’Est, près de la frontière espagnole.

2 couples torchent leurs dernières bières avant de rentrer à la maison en compagnie de leurs chiens.

Des runners Agenais terminent leur séance de jogging.

Des Vététistes terminent leur séance de VTT.

Le soleil décline, tard, car les journées sont pleines d’heures et d’énergie.

Agen, chef-lieu pépère, est plein de gentillesse sous le soleil.

Alors soirée pépère. Bon dîner. Lecture. Sommeil de juin, court mais suffisant.

21 juin

J’ai mis à l’eau sur le canal latéral de la Garonne, espérant rattraper la Baïse qui, paraît-il, est bien jolie.

Cela ne marchera pas à cause d’écluses, d’où, une fois encore, je me fais jeter car je n’ai pas de moteur.

J’en franchis tout de même 3 sur le canal.

A l’une d’elles je retrouve Carole et Philippe avec leurs enfants qu’ils ont embarqués dans les remorques qu’ils tirent derrière leurs vélos depuis Toulouse et jusqu’à Lacanau /Hourtin, au bord de l’Atlantique.

Des savoyards, férus de voyages <by fair means>, adeptes du voilier-stop pour courir la planète et qui ont descendu la Yukon River en canoë avant de mettre au monde leurs petits.

C’est le cagnard !

Thermomètre au taquet, 60° sous le soleil.

L’ombre est rare sur l’eau dans les parages.

J’apprécie d’avoir 25% de sang Marocain dans les veines (en plus de 25% Autrichien et de 50% Français).

Du coup mon appareil photo a bien séché et reprend du service…

Ce soir, je rencontrerai Frank, Jessie et Florian qui plongent, sautent, saltotent dans la pénombre.

Ils pètent la vie ces jeunes et, apparemment, préfèrent la musique de l’eau que celle, planifiée, de la fête éponyme.

22 juin

Castets en Dorthe.

Depuis Tonneins, la Garonne ne gronde plus dans des rapides.

La décrue est effective mais le courant reste vigoureux.

Cela se voit en passant près des bouées qui balisent le chenal.

23 juin

Portets.

Après avoir dîné avec Pierre, arrivé d’Arcachon en train+vélo pour me rencontrer, je termine la soirée avec Hugo, viticulteur, voyageur et navigateur, qui est arrivé avec un délicieux breuvage 50% Merlot et 50% Cabernet, cépages basiques des Graves si j’ai bien retenu la leçon.

Hugo m’explique l’aérologie locale, me parle de la Garonne qu’il aime tant, de Bordeaux, de la Gironde, du fameux mascaret qu’il surfe avec son canot à moteur ou son canoë.

Il me prévient que ça va chahuter après le vieux pont de Bordeaux dont les nombreuses piles sont particulièrement proches les unes des autres…

24 juin

Effectivement le chahut, de magnifiques tourbillons en l’occurrence, était au rendez-vous.

Ce soir je bivouaque sur un ponton, tout près du centre ville, après avoir visité une partie de la ville et avoir joui de la beauté d’un couple venu s’asseoir non loin de BFM au bord de l’eau.

25 juin

Blaye.

Rebelote sur le ponton (dodo sous la tente).

Pour pouvoir poser ma tente Vaude Hogan Ultralight sur un ponton, j’ai opéré quelques modifications et j’emploie du fil d’inox ramassé près des bassins à flots de Bordeaux.

Cela constitue une excellente préparation pour la mer où je compte dormir dans des ports et  sur des pontons.

Cela m’évitera les vagues à l’arrivée et au départ du bivouac, me donnera accès à une douche en cas de besoin, me permettra de montrer à qui le voudra que le voyage écologique est vraiment réalisable et mettra facilement à ma portée les infos météo.

Nous sommes dans une année à 13 lunes et il faut s’attendre à des surprises par rapport au standard (paroles d’Hugo).

L’océan se rapproche.

Pétroliers et autres gros navires circulent (c’est pas le rail d’Ouessant quand même !) dans l’estuaire.

26 juin

Pas de ponton ce soir.

A Vitrezay, où j’entre en Charente Maritime, le ponton est inaccessible tant la vase l’entoure.

Sur la Gironde, je dois progresser à marée descendante car le courant de marée est trop fort pour aller contre lui sans moteur.

J’appareille donc à l’étale de haute mer, quand la mer commence à redescendre (la renverse).

Et sur la Gironde, il faut le savoir, à partir de mi-marée, les installations ne sont plus accessibles.

Elles sont entourées de vase.

Alors aujourd’hui, j’ai débarqué dans la vase jusqu’à mi-cuisse et j’ai du attendre le flot (marée montante) suivant pour récupérer BFM et le matos.

Un peu grognon le père H, surtout quand il faillit tomber face en avant dans la vase !!!

Le vent de nord-nord ouest lève du clapot sur la Gironde car le fetch (distance sur laquelle le vent ne rencontre pas d’obstacle) s’est considérablement allongé ces derniers jours.

27 juin

Meschers / Gironde.

A pieds depuis St Seurin.

Le vent a encore forci depuis hier.

Et donc les conditions de navigation.

La Gironde est bien blanchie par l’écume.

J’apprécie le travail que j’ai opéré sur le bateau et qui, à présent, limite significativement les entrées d’eau dans le cockpit et donc le bain de siège.

De plus, avec ma main droite  j’éponge le cockpit en permanence, la main gauche étant mobilisée par le gouvernail.

BFM n’est pas un bateau à hiloire mais un sit on top (SOT).

C’est bien dans l’eau calme mais ça mouille pour de vrai dans les vagues.

J’appuie sans retenue sur les pédales.

Pour conserver suffisamment de vitesse et rester bien manœuvrant.

Après plus d’une heure dans les vagues, le Mirage Drive émet des bruits inquiétants.

Il me reste alors au moins 3 heures de navigation jusqu’à Royan.

Quand j’aperçois le chenal d’accès au port de St Seurin, je choisi d’assurer et me déroute.

Sortie dans la vase.

Ecopage de la coque.

Aujourd’hui BFM a fait son goulu : il a aspiré 14 litres à l’heure dans sa coque !!!

Je dois absolument trouver une solution à ce problème.

Parfois je frémis à l’idée d’être expédié à perpète par le vent ou le courant et d’embarquer de la flotte dans la cale jusqu’à plus soif, jusqu’à perdre toute vitesse et toute manœuvrabilité !

Lundi, à Oléron, je rencontrerai Alain, l’importateur des Hobie Mirage Kayaks, qui doit livrer des bateaux à La Rochelle.

Nous allons en parler.

Il m’apportera un kit voile, de nouvelles pales, un nouveau Mirage Drive et quelques bricoles que je lui ai demandées.

28 juin

J’ai décidé de continuer de marcher jusqu’à Oléron où résident mes parents.

Je sais que j’y arriverai demain en fin d’après midi.

Je sais aussi que je vais en baver à cause des bagnoles.

La région est horrible à cet égard.

Les ponts sur la Seudre, la Charente, pour se rendre sur les îles, sont autant de goulets pleins de bruit et de fureur.

Et sur les autres routes, même les toutes petites, la horde stupide des bagnoles lâche ses nuisances et sa nauséabondance.

La saison touristique a démarré, cela renforce le phénomène.

Compte tenu de la distance à parcourir avec tout le barda en remorque, et sachant que je vais arriver en pleine forme, il est clair que vivre sans voiture est facteur de condition physique tiptop !

J’ai la caisse, le moral est plein de métal, la mécanique physique et mentale sort renforcée de ces 7 semaines de voyage écologique.

Je n’ai que 2 soucis à la veille de la pause que je vais m’offrir sur l’île dans la paix et la douceur de la maison parentale :

1)    Je ne sais pas, pour l’instant, comment résoudre de façon simple et efficace mon récurrent problème d’entrée d’eau dans la coque.

2)    Au port de Royan, à la capitainerie, ils m’ont dit que les ports de l’Atlantique sont interdits aux bateaux sans moteur.
A Royan, pour le moins, seuls ont droit d’accès
ces machins dont je me demande à quoi ils servent réellement, pour l’écrasante majorité d’entre eux. Donc après les VNF, les ports de l’Atlantique semblent vouloir remettre le couvert. A suivre…

 

Vers le Nord (du 8 juillet au 8 septembre)            Sommaire

8 juillet

La pause sur l’île d’Oléron tire sur sa fin.

Le problème d’entrée d’eau dans la coque de BFM devrait être résolu.

J’ai employé du mastic à 2 composants, des vis pour l’ancrer sur la surface très lisse du bateau et de la graisse pour lubrifier les câbles.

Faut tester en situation maintenant.

Je quitte mes parents aujourd’hui.

Le programme du jour : marcher jusqu’à St Denis d’où j’escompte appareiller demain si les conditions le permettent.

Après l’agitation du ciel des derniers jours, qui s’est prolongée cette nuit encore, et l’état de la mer en rapport, j’espère que la fenêtre d’1 à 2 jours qui semble vouloir s’ouvrir sera exploitable. Sinon il faudra basculer vers le plan B.

Il pleut.

J’aime pas démarrer une rando sous la pluie.

Heureusement j’ai un bon parapluie qui m’a bien servi depuis son acquisition à Mâcon.

Mâcon, la pluie, la Saône.

Bien de l’eau est tombée et a coulé depuis.

Le temps passe.

La vie passe plutôt.

Et plutôt vite.

C’est comme ça.

9 juillet

J’ai passé la nuit au camping « Les Lauriers » à St Denis Oléron et Axel, surfeur au regard dense et clair m’y a accueilli avec chaleur et gentillesse.

Quand j’ai mis BFM à l’eau ce matin, je fus surpris de le voir sur la jetée avec son appareil photo.

Il m’a envoyé les clichés par mail.

Merci Axel !

Ce soir je dors au camping municipal de St Martin En Ré, après une belle navigation entre les 2 îles.

Mer belle, soleil, houle de 1m, visite cordiale du zodiac des Affaires Maritimes et partage d’expériences avec Michaël, pêcheur en kayak sous le pont de l’île de Ré.

10 juillet

Changement de décor pour la traversée Ré – Continent.

La mer est agitée et j’abrège ma navigation à la Tranche-Sur-Mer.

Arrivée sur la plage dans les vagues pleines de sable, le bateau bien lourd, peu manœuvrant et à vitesse bien réduite.

BFM a profité des conditions pour téter un max sa mer aujourd’hui. Quel goulu ! : 55 litres en 3 heures dans une houle de 1,30m et vent de force 4.

Le dernier km fut difficile. Les CRS du poste de secours ont observé l’arrivée du bateau avec l’arrière bien peu flottant !

Mon moral passe aussi sous la ligne de flottaison. Je n’arrive pas à expliquer ni à résoudre ce problème d’entrée d’eau dans la coque, à croissance exponentielle dès que la mer est formée.

Je sais que j’y arriverai, mais je ne sais pas quand.

Après la Tranche-Sur-Mer je marche et réfléchis au problème tandis que le vent maintient une mer où je n’ai guère envie d’aller tant que BFM n’est pas étanche.

14 juillet

J’ai remis BFM à l’eau à St Gilles Croix De Vie.

Là, je me suis ouvert le pied droit sur un objet tranchant (verre, coquillage ?).

La plaie est profonde et mettre du temps à cicatriser, environnement marin oblige !

Le sang coule dans le cockpit.

Je suis limite par rapport à l’horaire de marée.

Pas le temps de s’en occuper.

Je pare au plus pressé.

J’enfile mes chaussons en néoprène et sort, avec les bateaux à moteur, du chenal ouvrant sur la pleine mer.

Tout près de là, sur les hauts fonds, je rencontre Louis, un autre pêcheur en kayak.

En plus des poissons, il traque les crustacés avec ses balances et son vivier est bien rempli !

Ce gars me plaît. Je le sens simple et vertical.

Je reprends la route et après 90 minutes, je sens que le bateau est à nouveau plein de flotte.

Beachage à St Jean De Monts.

Ecopage.

Remise à l’eau.

A Notre Dame Des Monts il faut recommencer.

Je sors BFM de l’eau. Trouver un robinet d’eau douce. Rincer. Sécher. Jeter le matos irrécupérable.

La routine depuis que je fréquente l’eau salée …

15 juillet

Remise à l’eau à Fromentine, près du pont de Noirmoutier.

Richarde, mon épouse, me rejoint cet après-midi.

Elle me voit arriver sur une plage près de Bouin. Elle a le temps de me regarder arriver.

J’ai 60 litres dans la coque !!

Le clapot est généreux aujourd’hui et BFM en profite pour téter et téter encore.

Je n’ai jamais rencontré un soiffard pareil !

Richarde est venue avec sa 205 bourrée de matos :  son VTC Lapierre, mon tricycle Scorpion que Fred, de Châteauroux, va acheter, mon Dahon MuP8 couleur bleu nuit et tout ce que je lui ai demandé pour perfectionner BFM et tout ce qu’il porte sur son dos.

A la fin de ce trip BFM sera parfait.

Il n’embarquera plus d’eau, sera ergonomique à 100%, pourra servir d’exemple à qui voudra s’engager sur la voie de l’eau avec plaisir, efficacité et sans moteur, bien sûr !!!

23 juillet

Durant les 8 derniers jours, Richarde et moi, nous avons savouré la vie qui passe si vite.

Richarde s’est déplacée en voiture et à vélo. Moi à vélo, à pieds et sur l’eau.

Le pont de St Nazaire à vélo avec BFM aux fesses, la rencontre de journalistes locaux, les hortensias de Piriac Sur Mer, les couchers de soleil sur l’Atlantique, le montage des flotteurs sur BFM puis la danse dans les vagues de la Turballe, les poissons de la Penerf, les rochers de l’Atlantique avec ses moules, ses mouettes, goélands, cormorans.

Le Vent qui vire à l’Est. La mer qui s’assagit. Le ciel plein de bleu.

Et, enfin, la découverte de la cause des entrées d’eau dans la coque de BFM, qui m’ont plutôt pourri la vie depuis mon départ, il y a plus de 2 mois.

De stupides rivets troués !

Peu importe en fait. La vie est faite de défis, qui font démissionner les mous et stimulent les tenaces. C’est ainsi.

BFM est sevré à présent.

Il entre dans sa maturité. Ce bateau est merveilleux d’aisance dans l’eau.

Je sais qu’il va m’emmener vers d’autres possibles, vers d’autres dimensions.

Quand j’étais jeune et beau (je ne suis plus que « et ») j’avais déjà éprouvé une forme d’affection pour un objet plein de vie et d’attention pour moi.

Il s’appelait « Shouppy » à l’époque et m’emmena de Strasbourg à Katmandou sur sa selle de vélo.

Objets simples, au service d’une vie simple, que souhaitent, simplement, des esprits simples.

Richarde rentre demain en Alsace.

Ce soir, nous allons partager le soleil couchant, le plaisir du dîner et celui d’être ensemble.

Demain sera un autre jour. La vie est belle.

Car pleine de présents, forts, beaux, intenses comme le flot et le jusant, qui vont et viennent selon les humeurs de la lune.

24 juillet

Richarde est partie sur la route de l’Alsace.

Je me lance à mon tour dans la traversée de la baie de Quiberon.

Accostage à Port Haligen.

La côte sauvage de Quiberon est toujours aussi belle et … sauvage.

BFM me demande de le conduite à l’île de Groix qu’il ne connaît pas (et moi non plus).

26 juillet

Arrivée à Groix.

Je débarque et me rends au chouette camping municipal.

La traversée de 26km entre Portivy et Groix fut bien chouette comme dirait le hibou des mers : Soleil, brume, mer d’huile, clapot et embruns furent au rendez-vous.

A présent, BFM me réclame la visite de l’archipel des Glénan.

Cette navigation (entre Groix et les Glénan) fait 40 bornes.

La réglementation limite un kayak à 11 km d’un abri.

Manque pas d’air ce BFM !

Faut dire que maintenant qu’il est sevré, il a les moyens de ses ambitions, à condition que la météo suive, bien entendu.

Et en ce moment, c’est pas stable !

A suivre…

27 juillet

J'ai reçu aujourd'hui ce mail magnifique:

« Un régal votre site ! Je sens que je vais demander un Dahon MuP8 comme cadeau pour mes 80 printemps qui approchent ! »

28 juillet

Ile de Groix

Sale journée pour les bateaux dans le secteur.

2 ferries assurant la liaison Groix-Lorient se sont télescopés ce matin.

Et BFM, en route vers Les Glénan, a cassé une tige en inox du Mirage Drive à 1 km (chance !) de Port Tudy.

Retour sur une pale. Réparation grâce à William, « Le Rouquin Marteau » qui fabrique des bateaux en bois et contre plaqué.

En approchant de l’ile, samedi, j’avais aperçu, navigant, un magnifique drakkar à gréement antique. C’était lui.

Ce mec possède un charisme hors du commun.

Allez le voir, sur le port, quand vous irez sur Groix. Son enseigne : La Scie-Reine.

Orage et pluie sur Groix aujourd’hui.

Je me rappelle Louis Capart qui chante : « Elle est belle ma Bretagne quand il pleut ».

Louis Capart, Gilles Servat, Glenmor : des Bretons qui chantent, magnifiquement, et dont j’apprends des chansons, pendant mes marches et les navigations pépères, ainsi que d’autres, de Léo Ferré et Jacques Brel.

Cela me fait penser à Sylvain Tesson, grand bonhomme déjà évoqué dans ce journal, qui apprend des poésies en marchant et allume le feu, le soir, avec le texte (papier) dont il n’a plus besoin, car mémorisé.

« Sur les chemins de la bohème tu ne vieilliras pas », Glenmor.

J’aime la vie qui habite chaque être vivant, animal, végétal, minéral.

J’aime l’humain habité par la pulsion de vie.

Etre vivant et rire.

Etre vivant et parler.

Etre vivant et se taire.

Etre vivant, aimer.

Et aller, encore, encore, sur la voie de la vie.

29 juillet

Retour sur le continent a Doëlan (Finistère)

BFM s’est offert une belle houle et du beau clapot.

Pour moi, cela signifie 3h30 de douche à l’eau de mer.

Au bout d’une heure j’en ai eu assez d’écoper le cockpit et suis passé en mode auto-videur.

Bain de siège permanent mais limité en hauteur et disponibilité totale pour la conduite du bateau.

Au camping Christiane et Jean-Marie m’ont invité à dîner : soupe de poissons qu’ils ont pêchés, crabe pêché pareil, spaghetti bolognaise, fromage, gâteau.

Après l’effort, le réconfort !

Certes, les rencontres y sont parfois très denses (Jean-Marie est l’un des 4 facteurs d’arc français), mais, globalement un camping ne vaut jamais un bivouac « sauvage ».

Alors côté « étape », j’en bave.

Je n’ai pas encore trouvé la façon de faire pour à la fois :

1.    Dormir dans un chouette environnement et sur un terrain plat

2.    Disposer d’eau douce en quantité suffisante pour rincer les affaires et le bonhomme

3.    Débarquer sans m’être fait chahuter par un rouleau plein d’écume

4.    Ne pas subir les assauts du sable

5.    Ne pas être importuné par la maréchaussée en cette période de traque des campeurs « sauvages ».

Donc, pour l’instant, je considère que faire étape sur les côtes françaises en juillet/août, c’est pas vraiment de la joie intense !!!

30 juillet

15h30, Pointe de Trévignan (environs de Concarneau, Finistère)

B (diminutif de BFM) fait un caca nerveux. Il veut absooolument faire cap sur le phare de Penfret, archipel des Glénan, à 5 milles (env. 10 km), plein Ouest.

A chaque crête de houle, B voit le phare et l’îlot qui le porte.

Après Oléron, Ré, Groix je sais que B adooore les îles et les traversées qui vont avec.

Il me faut user de tout mon pouvoir de persuasion pour lui faire accepter que nous avons RV ce soir avec Benoît et Maxime de l’équipe Savager’s.

Ils viennent bivouaquer avec moi et réaliser prises de vues photo et surtout vidéo.

De plus, demain matin Bernard Moulin, Monsieur Kayak de Mer, doit nous rejoindre.

Bernard est un gars plein de joie, de force et de gentillesse.

Il va me donner cartes, conseils et astuces sur la pointe de la Bretagne.

Cette région (baies d’Audierne et de Douarnenez, raz de Sein, Cap de la Chèvre, Tas de Pois, presqu’île de Crozon) ne se fréquente pas, sur l’eau, n’importe quand et n’importe comment.

C’est là de la Mer majuscule qui inspire un total respect.

Si découvrir ou vous perfectionner en kayak dans ces lieux pleins de vie vous attire, contactez de ma part Bernard au 02.98.92.16.94 à Douarnenez.

Je vous recommande son livre : « Le kayak et la mer ».

3 août

Beg Meil

Pluie, crachin, pluie, crachin …

J’attends la fenêtre météo pour entrer en Mer d’Iroise.

B commence à avoir bien soif. D’eau de mer, car question eau de pluie il ne manque de rien.

Visite des environs sous le parapluie.

Notamment Port La Forêt (PortLaf en langage local).

Au quai attendent des bêtes de course au large, avec leurs mâts à déchirer les stratus.

Ici on croise des gars qui ont de la mer et du sillage plein les yeux.

Ça sent la bourlingue.

Ça sent bon.

Ça sent vrai.

Cela me rappelle des ambiances de montagne, quand rire, détermination, humilité et savoir-faire s’unissent en des êtres qui ont choisi de vivre au contact d’une nature pleine de force.

Ces quelques jours loin de l’eau de mer permettent à mon pied de finir de se remettre de la profonde entaille creusée dans la chair il y a 3 semaines.

J’ai hâte de repartir.

5 août

J’ai repris la mer. Enfin !

Beg Meil et la baie de Concarneau sont dans le sillage de BFM (alias B).

Cap à l’Ouest – Sud Ouest, face au vent, après avoir doublé la pointe de Monterlin, nous traversons l’anse de Bénodet.

Face au vent nous sommes plus rapides que les voiliers. Eux doivent tirer des bords et éviter les hauts fonds, alors que notre route est directe.

Résultat : aujourd’hui c’est nous devant et eux derrière !

J’entre dans le port du Guilvinec ou je planterai la tente sur le ponton entre deux voiliers de passage également.

Accueil chaleureux par des gens d’ici.

Le Guilvinec est un grand port de pêche. « Encore » ai-je envie de dire car la pêche est en crise. Des chalutiers partent à la casse. Le poisson devient rare ou en tout cas moins courant que par le passé. Les coûts d’exploitation flambent.

Cela me rappelle des situations dans l’agriculture. Spirale investissement, coûts, obligation de rendement, dépendance face aux parasites de la filière et aux normes pensées par des bureaucrates. Ce genre de spirale mène aux dégâts humains et environnementaux que l’on connaît. Spirale du toujours plus. Toujours plus d’agitation, de cupidité souvent, et forcément de souffrance généralisée.

Je rêve d’agriculture à taille humaine.

Je rêve de pêche à taille humaine.

Des activités que l’on pratique d’abord pour l’amour du travail que l’on a choisi plutôt que pour payer des traites que des gens de pouvoir nous ont fait signer (ce que nous avons accepté, soyons réalistes, en pensant faire une bonne affaire).

Je ne juge pas, je me l’interdis, je constate simplement les faits et leurs conséquences pour les générations à venir, notamment.

Après avoir fait mes courses en ville, je traîne sur le port. Tous ces bateaux pourraient s’appeler « Labeur, Courage, et Solidarité ». Voilà ce qui me semble faire le quotidien de ces gens de cœur, durs à la tâche et qui se tiennent les coudes.

Des hommes verticaux, sur le quai comme dans le gros temps. Des mines sérieuses et pas rigolotes, des regards francs et directs derrière lesquels bat, assurément, un cœur gros comme ça.

Au retour sur le ponton Martine, journaliste au « Télégramme de Brest » m’attend pour une interview.

Radio Guilvinec fonctionne bien.

Nous commençons par faire honneur à la bouteille d’excellent cidre que quelqu’un a déposé dans le cockpit de BFM pendant mon absence…

6 août

7h15  Lecture du bulletin météo du port. Vent variable 2 à 4 B – houle 1,5 à 2 m, mer peu agitée, nuages, averses éparses.

7h25  Nous (B et H) quittons le ponton, longeons les chalutiers encore à quai, doublons les feux, rouge à tribord, vert à bâbord et affichons 270 au compas de route, cap sur le phare d’Eckmühl.

8h40  Nous passons devant Eckmühl, le phare, et le sémaphore.

8h42  Nous avons doublé la Pointe de Penmarc’h. Nous sommes entrés en mer d’Iroise.

Devant nous s’étend la baie d’Audierne.

Audierne (ce nom sonne vraiment triste dans ma tête) est à 28 km par le chemin le plus court qui passe à 5 km de la côte au milieu de la baie.

« Attention zone de navigation délicate pour les petites embarcations » dixit la carte marine Randoroute prêtée par Bernard Moulin.

« La baie d’Audierne, dangereuse en toute circonstances … » dixit le « cours de navigation des Glénans ».

Apparemment y en a qui savent de quoi y causent ! Tout d’un coup la mer se creuse : au moins 3 mètres. L’endroit devient franchement bruyant car ça déferle à droite et à gauche et devant et derrière.

La mer d’Iroise, c’est la cour des grands ! J’étais prévenu !

8h50 ou 9h00 ou 9h10, je ne sais pas car j’ai d’autres préoccupations que le chronomètre ; Audierne est à environ 4 heures de navigation.

Le doute s’est installé.

J’ai peur.

Ma main gauche, qui actionne le gouvernail, attend mon ordre de faire demi-tour.

BFM m’observe. Il sent que sa partie de baignoire avec Dame Baie d’Audierne va lui passer sous le nez.

BFM est un voluptueux, un hédoniste pur jus.

Et là, maintenant, tout de suite, il est mon maître, aussi :

H !

Oui B ?

Si tu te dégonfles maintenant tu le regretteras toute ta vie.

Pourquoi ?

Parce que tu auras abdiqué avant d’avoir atteint tes limites.

Parce que tu n’oseras pas passer le Raz de Sein non plus.

Parce que tu comprendras, le moment venu, que ton erreur aura été de ne pas avoir relevé la tête, pour voir le plus loin possible depuis la plus haute vague, analyser et faire le bon choix de route.

Tu as raison B. Merci. Emmène-nous au large, loin de ces hauts fonds qui creusent la mer et brisent les vagues. Nous allons à Audierne.

Progressivement la houle devient conforme aux prévisions. Le vent aussi, qui s’est levé, de secteur Sud et force 3. Houle d’Ouest, vent de Sud, BFM se dandine dans les vagues et le clapot. Il pète la forme l’animal. Bien campé sur sa coque centrale et ses deux flotteurs. Il semble n’avoir peur de rien quand il est sur l’eau. J’ai confiance en lui. Grande confiance.

9h 35  Le Saint Damien, chalutier du Guilvinec, m’approche par l’arrière. Après m’avoir observé sans répondre à mon signe de la main, le patron me demande si j’ai un problème. « Tout va bien » hurle-je avec un grand sourire et les deux pouces en l’air. Lui et ses gars me saluent et font demi-tour. La solidarité entre gens de mer n’est pas un vain mot : ce type qui sort en mer pour gagner son pain s’est dérouté (a donné de son temps et de son gasoil) pour vérifier que je n’ai pas de problème.

10h 43  Mon pied droit s’enfonce brutalement. Je sais que je viens de casser une pale du Mirage Drive. Démontage de la pale cassée et remise en place du dispositif avec la pale valide restante. Audierne est à 16 km, GPS dixit. La côte est à 5 km et inhospitalière. Si je casse la deuxième pale, je suis dans la merde jusqu’au cou. Occasion pour vérifier que Dame Chance est toujours une vieille amie.

Mais je ne peux m’empêcher :

B !

Oui H ?

On fait équipe n’est-ce pas ?

Ça c’est vrai H ! Toi et moi on fait une bonne équipe. Depuis le départ on peut dire qu’on s’est offert de chouettes moments ensemble et qu’on a réussi à étaler quelques belles difficultés.

Ecoute B, c’est pas de ça que je veux parler. On vit au présent toi et moi. Et présentement on est à des kilomètres de la côte et présentement tu nous casses 50% de notre système de propulsion.

Tu exagères H ! Après avoir cassé à Groix tu as constaté que, avec une pale nous avançons encore à près de 6 km /h, et cela t’a vraiment épaté à l’époque !

Pas de diversion stp. Voilà deux fois que tu casses une pale. Je veux simplement te dire que si tu nous la joues « Jamais 2 sans 3 » avant d’être au sec, on sera très beaucoup dans le nauséabond toi et moi. Je sais, la scoumoune, c’est pas le genre de la maison, mais fais gaffe à ne pas inverser la tendance.

B ne dit rien.

Et si, dans un moment plein de perfidie, il se disait qu’en cassant la deuxième pale il pourrait rester dans l’eau qu’il aime tant ?

B !

Oui H ?

Si tu nous lâches on finira sur les cailloux, en lambeaux toi et moi.

Tu peux compter sur moi H ! Dans 3 heures on est au sec toi et moi !

Merci B. Tu sais, tu es devenu très important dans ma vie. A présent tu es un vrai pote et même davantage. Faire équipe avec toi s’avère chaque jour plus formidable.

B ne répond pas. Je sens qu’il se concentre pour que la deuxième pale ne lui joue pas un sale coup.

13h50  Débarquement à Audierne/Ste Yvette, marche en direction du camping. Va falloir réparer, faire une lessive, une grande toilette, et aller voir, depuis la côte, comment fonctionne le Raz de Sein.

J’ai le temps. Demain soufflera un vent à décorner les cocus, alors repos et balades à pieds !

9 août

Quelle journée :

BFM à la fête dans les vagues pyramidales levées par le vent et le courant avant la pointe du Raz.

Le mythique Raz de Sein qui force tant le respect et qui nous a acceptés.

La baie des Trépassés.

La pointe du Van.

La grande traversée loin de tout, donc loin de rien, vers la presqu’île de Crozon.

Eole qui se fâche à la pointe de Penhir et BFM qui rigole.

Les Tas de Pois qui n’ont pas bougé depuis la dernière fois.

Le dernier virage à la pointe du Toulinguet.

L’arrivée à Camaret sur fond de cornemuse.

L’accueil par Dominique et François, heureux propriétaires de Oumâ (lumière en sanskrit), sloop de course-croisière de 12 m, et qui bourlinguent à travers le monde depuis 20 ans.

Dîner avec le couple à la fête dansante et bretonnante (la cornemuse !)

Soirée dans le carré de Oumâ à parler joyeusement de voyages, de bateaux et de la vie.

Dodo dans une cabine, sur une couchette, alors que le vent et la pluie se lâchent dehors.

Du bonheur, que du bonheur !

15 août

Lanildut, Aber d’Ildut.

Après 5 jours d’escale à Camaret j’ai repris la mer ce matin.

Ou plutôt, comme le chante si bien Renaud, la mer m’a repris.

Vague après vague elle me prend dans ses rimes.

Cette Mer d’Iroise surtout, si pleine de vie, de force, de diversité.

Aujourd’hui BFM va s’offrir le chenal du Four : Pointe Saint-Mathieu (la pointe du haut de la fourchette bretonne), Le Conquet, Pointe de Corsen et retour au calme dans l’Aber d’Ildut pour finir cette journée de navigation.

Plutôt rapide la nav. Devant le Conquet, BFM s’est offert une pointe de vitesse dans les vagues pyramidales : 8 nœuds siouplait ! (environ 15 km/h). Dans le chenal du Four il y a du vrai courant et il faut choisir la bonne heure de passage. A défaut, en kayak, on avance dans l’eau mais on recule sur le fond. Et si le courant s’oppose au vent, bonjour les gros soucis !

Cette Mer d’Iroise, Mer Majuscule, me donne beaucoup. Elle m’enseigne par la pratique. Elle m’apprend les effets des courants, du vent, de la houle, conjugués entre eux ainsi qu’avec la hauteur des fonds. Oui cette Mer d’Iroise est passionnante.

Selon Météo France avis de grand frais pour demain. En clair ça va piauler et il me faudra impérativement rester à terre. L’anticyclone des Açores nous boude cet été.

Alors les perturbations s’enchaînent. Donc demain, Météo France prévoit force 7.

Et pareil même chose pour après-demain.

Les jours à venir seront faits d’escale à nouveau ou de marche à pied avec le bateau aux trousses.

Les Fous de Bassan n’ont cure de tout cela. Force 2 ou 7 ils tombent du ciel, en piqués vertigineux, sur les poissons.

La chaîne alimentaire. La vie qui vit. C’est ainsi.

J’ai très beaucoup sommeil ce soir.

Saine fatigue tombeuse de paupières le temps d’un rêve et même davantage.

19 août

Ménéham (environ de Brignogan Plages).

C’est très beau ici (le site est classé).

Des rochers à terre, du beau granit bien arrondi, de l’herbe sur les dunes, des cailloux dans l’eau, battus par la mer complètement déjantée. Les vagues explosent sur la pierre, et déferlent sur les hauts fonds, et déferlent sur les bas fonds, et roulent sur les plages. De l’écume, de l’écume et encore de l’écume.

Le 16 août j’ai finalement mis BFM à l’eau.

Et l’en ai ressorti après 3 petites heures de navigation le temps de franchir le seuil entre la Mer d’Iroise et la Manche. Au large de l’Ile Vierge le vent a commencé à s’établir pour de vrai et, un peu plus loin, je me suis trouvé une plage, la Grève Blanche, pour mettre tout le monde au sec.

Les conditions météo sont défavorables au voyage en kayak cette année. Et cela commence à me compliquer la vie.

Les composants du dispositif < déplacement sur terre, B derrière, H devant faisant le bourrin > commencent à sérieusement accuser la fatigue. J’enchaîne les crevaisons dues à l’usure des chambres à air sur les rayons. Les brancards ont pris du jeu. Les sangles de ma musette qui sert de harnais s’effilochent.

J’ai beaucoup marché depuis le départ, il y a maintenant 3 mois, et il faudrait changer pas mal de pièces pour bien faire.

A ces problèmes s’ajoute le fait que marcher m’amènerait à devoir emprunter des routes à circulation importante. Ce sera ainsi jusqu’à Saint-Malo.

Alors j’attends, tandis que se succèdent avis de grand frais, avis de coup de vent, crachin et pluie. J’attends la bonne fenêtre, sous la tente, sous mon parapluie ou sous le soleil qui sait malgré tout faire quelques magiques et rares apparitions (ah ! quelle merveilleuse Bretagne !).

C’est très beau ici (je radote mais ça mérite). Alors je hume, regarde, écoute, marche, m’arrête, recommence. Et la joie et la plénitude me gagnent car la beauté et l’harmonie sont source de joie et de plénitude.

L’harmonie peut-elle procéder d’un milieu « chaotique » ?

Les rafales de vent, la mer qui se brise en écume sur les pierres ou en déferlantes, la pluie qui frappe la terre, le crachin qui mouille et qui mouille encore, les nuages qui se forment puis se déchirent, tout cela peut-il générer l’harmonie ?

Assurément oui !

Car l’harmonie s’inscrit dans le mouvement, composante fondamentale du réel.

Le mouvement anime l’atome et, plus encore peut-être, les particules élémentaires.

Le mouvement anime la terre, le soleil et les planètes.

L’univers tout entier est en mouvement, des trous noirs aux supernovae, en passant par les étoiles et les galaxies.

Le mouvement nous anime, toi et moi, depuis notre naissance jusqu’à notre mort.

Nous sommes mouvement dans un réel en mouvement permanent.

Aussi, peut-être, le sens de la vie consiste-t-il à réussir à comprendre comment s’inscrire, justement, harmonieusement, en phase, à l’unisson de ce mouvement perpétuel.

Peut-être est-ce cela, ce que l’on peut définir comme « être ».

Et, peut-être, que l’amour est l’état dans lequel nous sommes plongés quand s’opère le total détachement de l’avoir pour n’être plus que beauté, harmonie, joie et plénitude réalisées.

Et cela, loin, bien loin, de l’agitation, qui n’est que gesticulation, souvent source de bruit, de fureur, de nuisance et de nauséabondance.

24 août

Hier soir j’ai dormi dans la caravane que Marie et Jacques m’ont prêtée, sur l’Ile Grande (à quelques encablures de Trebeurden).

Table, chaise, lit : que de luxe d’un seul coup !

Une bien belle et bien bonne étape face à la mer et tout proche d’elle.

Marie et Jacques sont des marins, à l’escale en ce moment pour remettre en pleine forme leur bateau mais pleins de ce besoin de quitter le mouillage, pour tracer un nouveau sillage vers d’autres mouillages proches ou lointains.

Et ce matin, c’est plein de repos que, à 8h00, je mets BFM à l’eau à la cale du centre nautique local.

Dans l’anse que je traverse pour m’écarter des cailloux, car la mer bouge déjà, le gars, pêcheur, s’affaire sur son canot à moteur :

Tu vas avoir de la houle et du vent, me lance-t-il

Combien ?

2 mètres et force 5

Merci !

Enfin, t’as l’air de t’y connaître un peu …

J’espère !

Salut (signe de la main)

Salut (signe de la main)

8h30

100 mètres devant l’étrave la houle se redresse et les plus grosses vagues déferlent.

J’aurais pu éviter mais je veux savoir si ça passe sur ces hauts fonds qui lèvent et brisent la mer.

Au poker, il faut payer pour voir.

Là, je ne connais pas encore la mise mais j’ai décidé de jouer la partie.

Trop de confiance due à trop de repos hier soir ?

Pas le temps de traiter la question.

100 mètres avec le flot aux fesses, c’est vite navigué.

C’est parti.

Ça swingue.

Ça mouille.

Ça gronde.

Je commence à faire de l’huile et à me sentir plutôt court comme le bluffeur qui n’est pas crédible.

Je sens arriver la limite au-delà de laquelle mon ticket ne sera plus valable.

La fin de la partie. Tilt. Game over.

Alors de ma manche je sors le joker.

B !

Oui H ?

A toi de jouer maintenant. Montre-moi que tu es un vrai bon bateau. Un vrai de chez vrai !

OK H. Pédale à donf et je te sors de là.

C’est reparti, à fond. Les vagues s’élèvent sur ma gauche (un marin dirait bâbord).

Faut barrer extra juste.

Avancer au plus vite mais réussir à se positionner rapidement face à la lame au cas où elle déferlerait.

Depuis le temps que je ne me déplace plus qu’à la force des cuisses, celles-ci répondent <présentes> à présent que j’ai vraiment besoin d’elles.

Car pour manœuvrer vite, il faut de la vitesse. Simple comme une déferlante.

BFM est à la fête. Je crois qu’il aime quand c’est chaud, car, alors, il se mouille d’aise sur toutes ses faces.

Le courant, fort, fait son œuvre. Nous avançons. Vite.

La Bretagne Nord est pays de courants.

Forces de vie qui parfois lissent la mer et parfois l’agitent.

Et qui, à chaque marée, fait filer les petits bateaux dans un sens ou dans l’autre.

Oui, nous avançons rapidement.

Et, plus rapidement qu’espéré, nous quittons le baston. Ouf !

Quand nous mettons le cap à l’Est la mer s’apaise car nous sommes sous le vent de la côte.

Relax max.

Je chante sous le crachin et les nuages qui touchent presque la mer. On n’y voit plus grand-chose.

Puis, sans prévenir, le soleil commence à illuminer cette merveilleuse Côte de Granit Rose.

Nous arrivons à Port-Blanc et tout est trèbokou  tout plein de beauté.

30 août

J’ai débarqué mardi dernier à Binic (entre Paimpol et Saint-Brieuc).

Ce soir sera la quatrième nuit au camping de cette mignonne bourgade.

Vraiment extra ce camping.

Zéro bruit de bagnole, situation en balcon au-dessus de la mer, face à l’Est, bonnes doudouches, accès au bourg par le sentier côtier, celui des douaniers, alias GR34.

Nuit en duo car Richarde arrive tout à l’heure, en voiture, avec vélo et petits bagages, pour passer quelques jours de vacances en Bretagne Nord.

Donc, Binic, c’est cool.

Binic c’est aussi, pour moi, une croisée de chemins de traverse. Donc un lieu où il faut décider comment poursuivre ce voyage.

Les paramètres à considérer peuvent se lister ainsi :

·         Après la Mer d’Iroise, si forte d’émotions, et la Côte de Granit Rose, si merveilleuse avec son chapelet d’îles (Batz, Archipel des Sept Iles, Bréhat) et de cailloux petits et gros, il y a, à présent devant moi, la baie de St-Brieuc et celle de St-Malo puis celle du Mont St-Michel puis la Normandie faite du Cotentin, de la baie de Seine, du pays de Caux, de l’estuaire de la Somme.

·         A partir de la baie de Somme, plusieurs centaines d’écluses me séparent de Strasbourg

·         Voilà ce qui m’attend si je veux respecter l’itinéraire initialement prévu.

·         Je n’aime pas les écluses.

·         J’aime les eaux libres et pleines de vie.

·         Dans ma tête, hormis les îles anglo-normandes et le cap de la Hague, avec ses courants dantesques, la Normandie me paraît plutôt fade.

·         Je dois bientôt rendre à Savager’s les flotteurs empruntés avant d’entrer en Mer d’Iroise.

·         Un nouveau projet se construit dans ma tête. Il m’excite pour de vrai. Le nomadisme m’a rattrapé et vague après vague, la mer m’a pris dans ses rimes. Que faire face à de telles forces en action ? Lutter contre elles ? Tenter de les ignorer ? En faire des alliées pour, finalement, se trouver au bon endroit au bon moment ?

·         L’automne approche. L’hiver suivra. Il me faut anticiper l’arrivée de la fin des beaux jours, après l’été indien dans le Nord de la France.

·         Il va donc falloir choisir la meilleure variante pour rallier l’alsace sans moteur…

Oui, B et moi nous sommes bien à la croisée des chemins.

 

Vers l’Est (du 9 septembre au 19 septembre)        Sommaire

9 Septembre

J’ai rendu à Alain Sauvager (www.savagers.fr) les flotteurs qui ont transformé BFM en trimaran le temps de longer les côtes Bretonnes.

BFM est chargé sur le toit de la 205 de Richarde qui rentre en Alsace demain.

Nous dormons à Plancoët ce soir.

Depuis Binic je chevauche à nouveau mon Dahon MuP8, roues de 20 pouces, couleur bleu nuit.

La remorque suit sagement derrière avec tout le matos qui transforme un humain ordinaire en nomade, dans notre civilisation.

Je précise dans « notre civilisation » car d’autres peuples (je pense aux Aborigènes, Touaregs, Massaïs, Guaranis, Dayaks et tant d’autres), eux, n’ont pas besoin de tant de choses pour assurer leur survivance.

Sur le bitume, je souffre de la bruitance et de la nauséabondance des bagnoles.

En particulier, je ressens durement les odeurs d’échappement.

Mon organisme a dû s’en désaccoutumer en mer.

Même les véhicules récents estampillés « éco », dans les côtes surtout, émettent leurs gaz et particules dévastateurs.

Dormons tranquilles ; nos bagnoles polluent « durable » et nous nous développons « durable ».

« Durable », c’est ce que raconte la télé.

Un concept très politiquement correct soutenu par les rapaces de la politique, de la finance et de l’industrie.

Et un bon alibi pour les assoiffés du pouvoir d’achat.

La politique de l’Avoir continue de l’emporter sur celle de l’Être.

Au détriment des générations à venir dont, visiblement, la plupart se moque cyniquement.

A croire que nous, adultes d’aujourd’hui, nous n’avons pas d’enfants ou que nous les avons fabriqués par intérêt personnel ou pour notre propre plaisir.

Oui la bagnole m’a rattrapé.

Cela me fait broyer du noir ou tout simplement observer la réalité avec plus d’acuité que lorsque j’étais en mer, loin de tout, loin de rien.

Et je ressens une immense compassion pour les faucons qui, chasseurs du ciel, ont remplacé les fous de Bassan et les sternes au-dessus de l’horizon.

J’ai donc décidé de finir ce Tour de France sans moteur à vélo.

Sur les routes, je sais que ce sera moins joyeux et moins vivant qu’en cette Bretagne si pleine de vie (et si pleine de pluie cette année), où le présent s’écrit en majuscules, sur l’eau comme sur la terre.

Mais je crois que, par les canaux des VNF, les centaines d’écluses me pourriraient la vie.

J’ai oublié de traiter 2 sujets dans ce journal :

1) Sur l’eau, devant l’Ile de Batz, à la croisée de nos routes respectives, j’ai papoté longuement avec un groupe de bourlingueurs en kayaks de mer, tous membres du club de Lannion. Des filles et des gars bourrés de joie de vivre et d’expérience, solidaires, adeptes du bivouac hors des sentiers battus.

 2) Maurice, rencontré à Binic. Momo aime la navigation sur les bateaux des autres (en convoyage notamment) ou sur son Muscadet particulièrement affûté. En régate ou en transocéanique, le réglage parfait de la voilure, l’équilibre du bateau, la beauté de l’ensemble, tout cela répond à sa quête d’harmonie. Maurice a su me parler longuement des choses de la mer, de la terre et de la vie. Puis il m’a offert 2 ouvrages qu’il a traînés dans son sac pendant presque 30 ans :

- « Le cours de navigation des Glénans », la bible des voileux, édition 1982.

- « Toute la manœuvre dessinée » de Marc P.G. Berthier, édition Voiles/ Gallimard, 1978.

Sur la page de garde de ce dernier, Maurice a écrit, citant Charles Baudelaire : « Homme libre, toujours tu chériras la mer… ».

Et j’ai envie de hurler dans le vent que la mer devient peu à peu une immense poubelle car l’humain, peu à peu, abandonne sa liberté.

Liberté d’être, liberté de rire, liberté d’aimer. C’est pas bien, c’est pas mal, c’est ainsi, c’est à pleurer.

19 septembre

Voilà 10 jours que j’ai quitté Plancoët.

1.170 km au compteur.

Soit environ 500 dans le monde des bagnoles.

Et  environ 650, en Bourgogne, Franche-Comté et Alsace essentiellement, dans le monde des voies vertes, chemins de halage, pistes et routes peinardes.

10 journées face au vent la plupart du temps.

Avec une belle rencontre vers la fin du parcours : celle de Coline et Clément qui voyagent en Europe depuis 1 an.

Joie, rires, fraîcheur au bord de la piste : puissant clin d’œil nomade avant de finir ce périple.

Et aujourd’hui, à 17h39, porté par mon fidèle Dahon MuP8 couleur bleu nuit tirant la remorque, je boucle ce tour de France.

Le 17 mai dernier j’avais quitté ce lieu tirant derrière mon vélo BFM, autre fidèle compagnon qui m’aura permis de vivre tant de chouettes moments sur rivières fleuves et canaux, puis, en mer.

Des amis vont venir tout à l’heure.

Conviés par Richarde qui a organisé une si chaleureuse soirée de retrouvailles.

Une belle soirée de rires et de fraternité.

 

Merci à toutes et à tous, vous qui avez suivi cette aventure.

Pour vos sourires.

Pour vos mots.

Pour votre joie.

Pour votre complicité.

Pour votre enthousiasme.

Pour les images que vous m’avez envoyées.

Pour votre sollicitude à l’égard de Richarde.

 

Et maintenant ?

Un nouveau projet prend forme.

Sans voiture, évidemment.

Quand tout sera prêt pour en parler je vous dirai…

 

Sommaire

Les photos :

Départ. Poids Total Roulant = 180 kg

Dans les Vosges je partage la route avec le rallye éponyme

Première mise à l’eau à Port sur Saône…

… mais les VNF (ministère du développement durable !) n’aiment pas les bateaux non polluants…

… et je suis attendu par un agent des VNF…

…Je poursuis donc à pieds (j’ai posté mon vélo à Richarde)

Chalon : Super accueil. BFM passe la nuit au ponton (moi sous la tente)

La Saône est gérée par le ministère du développement durable. Cherchez l’erreur !

Dracé sur Saône : BFM s’offre une baignoire de 10.000 m3 (190 m de long !)

Nuit au sec et à l’abri dans la cabane de Johann : c’est du luxe tant il pleut dehors

Johann et ses potes

BFM sur le Rhône au km 0, photographié par …

…Vincent du CKLOM

La CNR qui gère le Rhône a pensé aux petits bateaux sans moteur. Les VNF devraient en prendre de la graine !

Le Rhône en crue montre ses muscles

Bivouac et lecture dans l’herbe

Martine Bernard et Marlau le grand âne gris

Rémi sur son beau vélo couché Nazca

Jeannine m’apporte des gâteaux faits « maison »

Le piochon fabriqué avec les moyens du bord

BFM avant de se retourner dans la Garonne en crue

Gérard alias « Le Coyote »  son vélomobile

Carole Phil Nino et Willy

Les mêmes sur la piste cyclable

Frank, Jessie et Florian plongeurs de la nuit

Courant sur le fleuve

Pierre sur le ponton à Portets

Et Hugo qui m’explique l’aérologie locale

Bordeaux : Bivouac sur un ponton à une encablure du centre ville

Elle et Lui

Gros Mastar et Gros Mastar sont à flot

Bienvenue au pays de la vase

Ambiance de mer sur la Gironde

Les machins dans le port de Royan

Au départ de l’île d’Oléron( je ne garderai pas la voile)

Michaël, pêcheur en kayak sous le pont de Ré

Arrivée à St-Martin (île de Ré)

Rinçage puis séchage du  matériel qui a baigné dans l’eau salée

BFM quitte le port de St-Gilles Croix de Vie

Louis, pêcheur de crabe efficace

La côte vendéenne vue de BFM

Bouin : Richarde arrive avec un tas de matos

BFM va traverser la Loire à sec sur le pont de St-Nazaire

Richarde dans les ruelles de Piriac sur Mer

BFM dans les vagues de La Turballe

Arrivée à port Haligen (Quiberon)

Arrivée sur l’île de Groix

BFM en route vers le camping de Groix

Retour sur le continent à Doélan (Finistère)

Le bateau de Jean Le Cam (en rouge) : le mât embroche les stratus

Arrivée au Guilvinec

Au Guilvinec : bivouac sur le ponton

Eckmühl, porte d’entrée de la Mer d’Iroise

En Baie d’Audierne : le Saint-Damien s’enquiert de ma sécurité

Arrivée à Audierne / Ste-Yvette

BFM en approche du mythique Raz de Sein

Puis à coté des Tas de Pois (Penhir) dans le vent qui forcit pour de vrai

Ouma, le 12 mètres de François et Dom, va m’héberger une nuit à Camaret

La Pointe St-Matthieu, entrée du chenal du Four : le courant pousse pour de vrai !

La mer déjante en Bretagne Nord (photo prise depuis la terre ferme) !

Encore une crevaison !

Dodo grand luxe dans la caravane de Marie et Jacques

Bourlingueurs du CKclub de Lannion tout prêt de l’île de Batz

Entrée dans le port de Binic pour un dernier débarquement

Sur la route vers l’Alsace depuis la Bretagne

Coline et Clément croisés sur la piste

Arrivée à Bourg Bruche le 19 septembre à 17h37