Une Aprème Sans
Bagnole.
(Samedi 14 novembre).
11h.
Le
vent du sud-ouest souffle en rafales.
Les
feuilles des arbres voyagent à l’horizontale.
Je
téléphone à un marchand Strasbourgeois de fournitures électroniques.
La
pièce que je cherche y est en stock.
C’est
un article dont j’ai besoin pour tester une idée germée pendant la nuit.
Ce
vent est génial.
Il
va me pousser à ‘donf al sec’ sur les quelques 70 km du trajet Bourg-Bruche /
Strasbourg.
Je
gonfle à toc les roues de GPV
(Génial Petit Vélo), mon Dahon MUP8, roues de 20 pouces, couleur bleu nuit.
13h45.
La
pluie commence à tomber.
J’avais pas prévu.
J’hésite
à partir.
Puis
je me dis que le vent aidant, je vais bien finir par la dépasser, cette pluie.
Et
je me dis aussi que voilà une bonne occasion pour vérifier que mon ordinateur
est bien abrité dans ma musette.
Car
j’ai des projets pour lui (l’ordi) en milieu humide.
14h00, pk 0.
Top
départ.
Le
vent a faibli.
Le
vent a tourné au nord nord-est.
De
face maintenant, donc.
14h03.
Cette
pluie mouille pour de vrai.
Vraiment.
14h24, pk 13, Devant-Fouday.
Le
restaurant « Chez Julien » lâche dans le vent des odeurs pleines de
saveurs.
14h44, pk 18, Rothau.
Il
pleut moins, nettement moins.
14h46, pk 19, entrée de Schirmeck.
J’approche
du rond-point.
Une
voiture blanche passe la ligne blanche continue.
Son
but apparent : dépasser furieusement une autre voiture.
Me
voyant soudain, le conducteur manifeste une brève hésitation.
Puis,
sans attendre, il redonne des tours à son moteur.
La
bagnole me frôle et m’éclabousse.
La
haine m’envahit.
Je
ne sais pourquoi.
C’est
comme ça.
Je
lutte contre elle.
Pas
la bagnole ou la pluie, la haine.
Comme
je peux.
15h06, pk 31, Urmatt.
Une
jolie blonde marche sur le trottoir.
La
pluie a cessé depuis une dizaine de minutes.
Mon
pantalon sera bientôt sec.
Le
haut du corps attendra un peu plus, emprisonné qu’il est dans un coupe-vent qui
laisse entrer la pluie sans l’expirer pour autant.
Je
repense au connard de tout à l’heure, dans sa 307 blanche.
Un
357 Magnum dans la sacoche de guidon permettrait-il de supprimer la cause de
certains problèmes sur la route ?
Sans
haine mais avec le sentiment d’avoir fait le nécessaire ?
Assurément.
Et
j’en suis sûr.
Je
crois.
15h14, pk 34.
Arrêt
pipi.
15h25, pk 38.
A
part les bretelles de la musette, les chaussures et les chaussettes, je suis
sec.
Ah
les matériaux modernes !
Le
thermomètre affiche 16°.
15h29, pk 40, Dinsheim.
Le
vent vient de passer au nord-ouest.
C’est
tout bon pour moi !
Ou
plein cul, ce qui revient au même.
A vélo !
15h37 pk 43, Mutzig.
Arrêt
au distributeur d’images, alias DAB, à la Banque Populaire.
Thermomètre :
17° !
15h51, pk 47, Molsheim.
Il
pleut encore une fois de nouveau.
Je
remets mon coupe-vent qui …
16h02, pk 51, début de la piste cyclable Dachstein-Strasbourg.
Un
superbe grain, très bientôt et sans attendre longtemps, va se lâcher.
Les
feuilles virevoltent, les gouttes vont et viennent.
De
partout.
C’est
l’automne en très grand.
16h11, pk 55, au bord du canal de la Bruche.
Il
y a 2 minutes on n’y voyait plus que très peu.
Les
grosses gougouttes gougouttaient généreusement dans
le vent très venteux.
Et
plus encore.
Deux
bouboulouzes se baignaient au fond de ma culotte.
Et
elles s’y mouillent encore.
Un
peu.
16h30, pk 61.
Le
thermomètre a rendu 5 degrés à Celsius.
J’ai
faim subitement.
Dans
ma sacoche de guidon attend un magnifique chausson aux pommes.
Une
spécialité de la maman de Richarde.
Je
le dévore sans attendre.
C’est
bon.
16h45, pk 66.
Je
regarde derrière moi.
Vers
l’ouest.
La
lumière y est magique.
Absolument
dingue pour être juste.
Sur
toute la largeur du relief.
De
part et d’autre du massif du Donon.
Du
jaune en bas.
De
l’indigo en haut.
Et
le nuancier habituel entre les deux couches.
16h46, pk 66.
Je
regarde à ma gauche.
Vers
le nord.
Un
épais arc-en-ciel se dresse dans le ciel gris-bleu.
Un
arc vraiment épais comme ce n’est vraiment pas courant.
16h47, pk 66.
Réflexion
sur la beauté ou ce qui y ressemble.
La
beauté a-t-elle besoin du regard de l’homme ?
Comme
cela a déjà été dit.
L’homme
peut-il se réaliser vraiment en dehors de la beauté ?
Et
de l’harmonie, aussi ?
17h40, pk 73, Strasbourg SNCF.
J’ai
fait mes courses.
Le
prochain train pour Sélestat part dans 13 minutes.
En
attendant je me tape une bière avec un petit paquet de chips.
Tout
en finissant de sécher.
Sur
pieds.
18h20, pk 75, sortie de Sélestat.
Je
roule vers Scherwiller.
J’ai
rendez-vous à 19h30 à Steige.
A
la ferme-auberge du Manou pour une dinette avec des amis.
Richarde
ne nous rejoindra pas.
Une
migraine l’a rendue HS pour le week-end.
Le
phare de mon vélo a, lui, rendu l’âme (l’interrupteur) en fin d’après-midi.
Le
ciel est clair.
Les
étoiles brillent.
Je
vois bien le bitume.
Tout
va bien.
Pour
moi personnellement je.
Sur
la piste forestière entre Scherwiller et Thanvillé je vais marcher un peu.
Pour
regarder les étoiles, écouter les animaux de la forêt, jouir du présent
marchant.
Savourer
la paix avant de longer l’infernale route du val de Villé.
Pleine
de bruitance et de nauséabondance.
Et
de violence, autre propriété de la bagnole, malheureusement.
Inévitablement
aussi.
19h45, Steige.
J’arrive
à l’auberge du Manou.
Une
bien chouette adresse que je vais découvrir ce soir.
Allez y sans attendre.
C’est
joli.
C’est
bon.
C’est
accueillant.
Je
n’ai plus de compteur sur mon guidon.
Je
ne comprends pas !
Il
s’est évanoui dans la nuit.
Agnès et Roland, Karine et Jean, et moi, nous sortons de
l’auberge sous les étoiles.
Elles n’ont pas bougé, ou si peu, durant nos agapes.
0h30.
Dans
la nuit, je viens de lire l’heure sur l’horloge éclairée de l’église de Steige.
Le
temps a passé vite.
La
soirée fut délicieuse.
Pour
le palais, pour l’estomac, pour l’esprit.
Je
rentre dans la pente qui va me hisser jusqu’à Bourg Bruche.
Col
de Steige, col de la Salcée, descente, raidillon final.
1h30.
Top
arrivée.
Après
environ 110 kilomètres.
Dodo.
H.